Ajrakh Print / Batik

Il était une fois en Inde,

un roi de la région du Sindh qui était, comme souvent les rois, friand des plus belles choses que le monde pouvait offrir. Il avait pour habitude de dormir chaque jour dans de nouveaux draps.
Un jour pourtant, alors que le serviteur allait changer le linge royal, le roi l’arrêta et dit : « Aaj, Rakh ! » (Traduisez par : Aujourd’hui, laisse !) ; il l’avait particulièrement apprécié le tissu.
La similitude d’Ajrakh avec le mot arabe pour l’indigo, Azarakh, ne peut être cependant ignorée.
La communauté Khatri s’est établie au 17ème siècle dans la région de Kutch, Gujarat, en Inde actuelle. Invités d’un roi de la dynastie Jadeja pour leur savoir, ils pratiquent toujours un art unique d’impression sur textile appelé Ajrak. Ce sont des tissus de grande qualité, imprimés à la main, avec des tampons, aux motifs riches et aux couleurs profondes.
Au fil des siècles la technique se développa pour atteindre un niveau de perfection tel que ces tissus envoyés au moins jusqu’en Égypte (fragments du 14ème siècle trouvés au Caire, Égypte).

Dans les années 1940-1950, les couleurs industrielles anéantirent temporairement l’impression traditionnelle des Ajrakhs, infiniment plus complexe, longue et couteuse. La technique sombrait doucement dans l’oubli. Dans les années 70, inquiétés par les problèmes écologiques mais surtout sanitaires présentent par les terribles substances de l’industrie chimique balbutiante et, regrettant aussi probablement l’éclat particulier des couleurs naturelles et la complexité magique du processus, le père de AM. Khatri décida de reprendre, réapprendre, impression traditionnelle des Ajrakhs. Aujourd’hui, la technique est sauvée, consignée dans des thèses de doctorats. Les meilleurs artisans sont récompensés par des prix d’excellence et honorés par de prestigieuses universités à travers le monde.

Comprendre le processus

Voici ce que j’en ai compris (j’écris sous le contrôle de mon tuteur AM. Khatri) :

Préparation du coton. Le coton brut est d’abord débarrassé de l’amidon et de tout autre élément qu’il contient par des bains successifs.

Ces bains, dans lesquels on trouve de la chaux, du crottin de dromadaire (pour les enzymes qui détruisent l’amidon), de l’huile de ricin, du carbonate de calcium (pour le mordançage), alternent avec lavage et battage à grands coups de pagaies de bois pendant plusieurs jours. La préparation doit être minutieuse car l’amidon et les éventuelles autres substances que contient le coton empêcheraient la fixation uniforme et définitive des pigments au coton.

Le mordançage (préparation du tissu pour la fixation des pigments) est complété par un bain de Harada (extrait du fruit du myrobolan, terminalia chebula) qui teint le tissu en jaune clair.

Les tanins qui composent le Harada servent principalement à fixer, à froid, le bleu (indigo) et le noir (fer) et aviver les autres pigments naturels. La plupart des autres couleurs (garance, rhubarbe, ocres, henné…) sont décidées grâce à l’alun, par une réaction chimique à haute température.

Deux semaines peuvent être consacrées à la préparation du tissu avant même que l’impression ne commence. Pour apprécier comment une telle complexité a évolué, il est important de réaliser que la couleur sur un tissu n’est pas réalisée en imprimant simplement un colorant.

L’impression d’un Ajrakh classique à fond bleu et motifs rouges ou jaunes se déroulant de la manière suivante :
D’abord, les motifs et les lignes qui sont destinés à demeurer sans couleur sont mis en réserve, au tampon, avec de la gomme arabique liquéfiée (issue de la sève d’un acacia local). La mise en réserve consiste à protéger des zones / motifs / couleurs en appliquant une pâte empêchant la teinture ultérieure à atteindre les fibres.
Puis, le noir des lignes, des bordures et des motifs est imprimé selon les motifs, au tampon, au pinceau.

Les motifs de la couleur secondaire sont ensuite mis en réserve par un mélange de boue argileuse dans laquelle de l’alun a été incorporé. Le tissu est prêt à recevoir la teinture. Il est plongé dans l’indigo, à froid. Séché, lavé à grande eau, il est débarrassé du surplus d’indigo et des pâtes résiste alors que l’alun s’est fixé au tissu selon les motifs imprimés à l’argile.

La dernière étape consiste à faire apparaître les couleurs secondaires. Le tissu est alors bouilli dans une eau additionnée de pigments qui, grâce à la chaleur, vont venir se lier au coton grâce à l’alun qui a été imprimé et conservé dans le tissu… les couleurs apparaissent.
Bouillis avec de la garance, les motifs apparaissent rouges.
Bouillis avec du henné, ils deviennent jaunes mais peuvent également devenir verts si l’indigo de la teinture vient s’y mélanger.

Si l’on veut obtenir un fond rouge, l’alun est incorporé directement dans la marmite avec l’alizarine (pigment de la garance). Des motifs blancs pourront être obtenus avec une impression à la gomme arabique avant la teinture. On pourra obtenir des motifs rouges plus sombres en supprimant des motifs avec uniquement de l’alun, avant de bouillir le tout dans un bain de garance et d’alun.

Pour un fond jaune et des motifs rouges, bleus et verts (processus complexe) :
– Impression des noirs.
– Impression à l’alun des futurs motifs rouges.
– Première cuisson avec l’alizarine (sans alun) révélant les motifs rouges
– Impression des bleus
– Protection à la gomme arabique de ce qui restera bleu
– Deuxième cuisson dans le jaune + alun, (jaune : henné, écorce de grenade ou rhubarbe…)
– Les bleus non protégés passent au vert, les bleus protégés restent bleus, les motifs rouges restent rouges et le fond devient jaune.

Les bains de cuisson sont les plus magiques. L’Ajrakh révèle alors lentement, presque prodigieusement, toute la profondeur des couleurs et la richesse des motifs. C’est un émerveillement de voir ces tissus se transformant lors de ce processus méthodique unique, parfait, constamment amélioré depuis des siècles. Un émerveillement de voir ces véritables chimistes compositeur avec leur climat, leur eau, leurs pigments, leurs fixateurs, leurs tampons.

Certains des artisans avec nous travaillons ont tenu à garder le savoir-faire de leurs aïeux et ne travaillent avec des produits naturels. Non seulement le processus d’impression et de teinture sont incroyablement minutieux et révélateurs d’un savoir-faire unique, mais le fait que tous les ingrédients utilisés soient naturels et respectueux de l’environnement, font des Ajrakh une pièce inestimable. Certains motifs de la collection datent au moins du 14ème siècle.

« D’autres font aussi des Ajrakhs en sérigraphie, impression numérique, ou avec des pigments chimiques, des copies, moi, je fais de VERITABLES AJRAKHS avec 100% de pigments naturels. Je garde cette tradition parce que c’est l’identité de ma famille, toute ma famille travaille les Ajrakhs », explique Monsieur AM. Khatri.

Pièces de Maître

Pièces uniques dessinées et imprimées selon l’inspiration du maître.

 

L’Ajrakh print est, à l’origine, imprimé sur les deux faces du tissu. Cela procure une netteté aux motifs et aux couleurs. Mais ce processus est beaucoup (beaucoup) plus minutieux que l’impression sur une seule face. L’impression recto / verso est donc réservée à la production de pièces particulièrement riches, uniques.

Un Ajrakh à deux faces, témoigne de la précision et de la capacité créative du maître.

Les conceptions complexes exigent une grande concentration et un fort engagement. Remarquables par la finesse et la complexité des motifs et des détails, la grande variété des couleurs utilisées, l’impression parfaitement juxtaposée des deux faces et le grand soin apporté à leur réalisation.

L’exposition originale du Musée royal de l’Ontario « L’étoffe qui a changé le monde » à Toronto Canada.

La conservatrice principale Sarah Fee examine l’une de ses pièces préférées dans l’exposition, Honeycomb, un chef-d’œuvre contemporain de l’imprimeur textile Abduljabbar Khatri.

BATIK / AJRAKH – CONSEILS DE LAVAGE et d’entretien.

  • Lavable en machine 40 °, avec une lessive douce (PH neutre, c’est impératif!), Essorage doux.
  • Lavage séparé (Les couleurs sont très bien fixées, mais peuvent dégorger dans un premier temps).
  • Sensible aux acides, les tâches de vin blanc, de citron, etc., sont à éviter. Rincer immédiatement si le cas se présente.
  • Les couleurs naturelles sont sensibles à la lumière, elles se transforment au cours du temps, se patinent surtout les premiers temps. Retournez-les régulièrement, elles prennent la lumière de manière uniforme, que les couleurs se stabilisent.

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